Régulation émotionnelle : 8 techniques validées par la psychologie (2026)
Réponse rapide
En bref : Réguler une émotion, ce n'est pas la supprimer — c'est activer le cortex préfrontal pour freiner l'amygdale, un circuit mesurable en fMRI. Les stratégies agissant avant la montée émotionnelle sont biologiquement supérieures à celles qui interviennent après. La prise de perspective est la technique la plus efficace selon 306 études expérimentales.
Sources : Webb T.L. et al., Psychological Bulletin, 2012 ; Berboth S. & Morawetz C., Neuropsychologia, 2021.
La prise de perspective est environ 11 fois plus efficace que la suppression émotionnelle — la stratégie que la plupart des gens utilisent par défaut. La suppression ne réduit pas l'état interne : elle change seulement l'expression extérieure, tout en consommant des ressources cognitives précieuses.
Webb T.L., Miles E., Sheeran P., University of Sheffield, Psychological Bulletin, 138(4), 2012 — DOI : 10.1037/a0027861 (306 études expérimentales)

Tu as déjà essayé de ne pas penser à quelque chose — et tu y as pensé encore plus ? C'est le premier signe que la régulation émotionnelle ne fonctionne pas comme on le croit intuitivement. Supprimer une émotion ne la fait pas disparaître. Ça la renforce.
Les techniques de régulation émotionnelle validées par la science ne fonctionnent pas en réprimant ce qu'on ressent. Elles fonctionnent en modifiant le moment, l'angle ou le cadre dans lequel une émotion se construit — avant qu'elle atteigne son pic d'intensité.
Depuis 1998, le psychologue James Gross (Stanford University, États-Unis) cartographie les mécanismes qui distinguent les stratégies efficaces des stratégies inefficaces. Sa découverte principale : les techniques qui agissent avant la montée émotionnelle sont biologiquement supérieures à celles qui tentent de contrôler une émotion déjà là.
Cet article couvre les 8 techniques les mieux documentées, classées par efficacité réelle selon 306 études expérimentales, avec les mécanismes neurologiques qui font fonctionner chacune d'elles.
Qu'est-ce que la régulation émotionnelle selon la psychologie ?
Le modèle de processus de Gross : stratégies antécédentes vs stratégies de réponse
Imagine une vague qui monte progressivement. Tu peux intervenir en amont, avant qu'elle se forme. Ou tu peux attendre qu'elle soit pleinement formée et tenter de la contenir. Ce n'est pas la même difficulté.
C'est l'intuition centrale du modèle de processus développé par James Gross (Stanford University, États-Unis) en 1998, répliqué depuis dans des centaines d'études. Gross distingue deux grandes familles de stratégies.
Les stratégies antécédentes : elles agissent avant que la réponse émotionnelle soit complètement générée. C'est le cas du recadrage cognitif (changer la façon d'interpréter une situation), de la prise de perspective ou de la sélection de situation (choisir délibérément de ne pas entrer dans un contexte émotionnellement épuisant).
Les stratégies de réponse : elles tentent de modifier une émotion qui est déjà là. C'est le cas de la suppression de l'expression émotionnelle — faire bonne figure quand on est en colère, par exemple.
La recherche est claire : les stratégies antécédentes sont plus efficaces et moins coûteuses cognitivement. Les stratégies de réponse consomment des ressources mentales sans vraiment résoudre le problème.
En pratique : il est beaucoup plus facile de recadrer une situation avant d'y entrer ("c'est une occasion d'apprendre") qu'après en être sorti épuisé et tendu.
Le circuit neurologique central : amygdale et cortex préfrontal
Quand tu vis une émotion forte, une petite structure au centre de ton cerveau s'active en premier : l'amygdale. Environ de la taille d'une amande, elle fait partie du système limbique — la région du cerveau spécialisée dans les émotions et la mémoire émotionnelle.
L'amygdale fonctionne comme une alarme incendie : elle détecte les stimuli émotionnellement importants et déclenche une réponse rapide, avant même que tu aies le temps de réfléchir. Ce mécanisme est utile pour survivre à un danger immédiat. Il devient problématique quand il s'emballe dans des situations sociales ordinaires, des conflits mineurs ou des inquiétudes chroniques. L'article sur le système limbique et le cerveau émotionnel détaille les cinq structures impliquées dans ce circuit.
C'est là qu'intervient le cortex préfrontal ventrolatéral gauche — une région à l'avant du cerveau, juste derrière le front. Quand tu pratiques une technique de régulation consciemment (recadrage, affect labeling, prise de perspective), cette région s'active et envoie un signal de freinage à l'amygdale.
15 études
Durant le recadrage cognitif, le cortex préfrontal ventrolatéral gauche s'active tandis que l'amygdale se calme en parallèle — les deux structures s'activent en opposition inverse mesurable en IRM fonctionnelle. Nommer une émotion à voix haute (affect labeling) produit une réduction amygdalienne comparable au recadrage complet, mais sans effort cognitif équivalent.
Berboth S. & Morawetz C., Freie Universität Berlin, Neuropsychologia, 2021 — DOI : 10.1016/j.neuropsychologia.2021.107767 ; Lieberman M.D. et al., UCLA, Psychological Science, 2007 — PMID : 17576282
Ce circuit de freinage n'est pas une métaphore — c'est une réalité anatomique observable en IRM. Et bonne nouvelle : ce circuit se renforce avec la pratique. Chaque fois que tu appliques délibérément une technique de régulation, tu crées des connexions un peu plus solides entre cortex préfrontal et amygdale.
Pourquoi certaines techniques fonctionnent-elles mieux que d'autres ?
La hiérarchie des tailles d'effet selon 306 études
Tom Webb et ses collègues (Université de Sheffield, Royaume-Uni) ont réalisé la plus grande méta-analyse expérimentale sur les stratégies du modèle de Gross. Sur 306 études, ils ont mesuré l'efficacité comparée de chaque technique.
Résultat contre-intuitif : les techniques les plus populaires ne sont pas les plus efficaces. La suppression — la stratégie par défaut de beaucoup de gens — a un effet quasi nul sur l'état interne. La prise de perspective, elle, est environ 11 fois plus efficace.
Voici la hiérarchie du plus au moins efficace :
- Prise de perspective : très efficace — la plus solide de toutes
- Recadrage du stimulus : efficace — base de la TCC
- Distraction volontaire : modérément efficace — utile en urgence
- Recadrage de la réponse : modérément efficace
- Concentration intense sur l'émotion : contre-productif — amplifie l'état
- Suppression de l'expérience émotionnelle : quasiment nul
Ce classement remet en question beaucoup de conseils populaires. "Concentre-toi sur ce que tu ressens" peut être contre-productif. "Garde ça pour toi" ne résout rien. Les techniques les plus efficaces ne sont pas les plus intuitives.
Le paradoxe de la suppression : plus on bloque, plus ça revient
Tu as peut-être déjà essayé de ne pas penser à un problème et remarqué que tu y pensais encore plus. C'est l'effet rebond, documenté par le psychologue Daniel Wegner (Harvard University, États-Unis).
Quand on supprime activement une pensée, le cerveau doit mobiliser une partie de son attention pour surveiller si la pensée revient — pour la détecter si elle réapparaît. Ce processus de surveillance maintient la pensée présente en mémoire de travail. Résultat : la suppression augmente la disponibilité mentale de ce qu'on cherche à ignorer.
Appliqué aux émotions : supprimer sa colère en réunion ne la dissout pas. Elle ressurgit plus tard, parfois de façon disproportionnée par rapport au déclencheur. Les personnes qui suppriment chroniquement leurs émotions présentent aussi une réactivité aux récompenses plus faible dans le temps, ce qui peut contribuer à des états dépressifs. Cette dynamique de suppression qui alimente les pensées récurrentes est au cœur du mécanisme de rumination mentale.
La fenêtre temporelle d'action : intervenir tôt change tout
Voici une information pratique rarement mentionnée.
Les stratégies antécédentes (recadrage, prise de perspective) sont significativement plus faciles à appliquer tôt dans le cycle émotionnel — avant que l'amygdale soit en pleine activation. Une fois l'émotion à son pic, les ressources cognitives disponibles pour le cortex préfrontal sont partiellement monopolisées par la réponse émotionnelle elle-même.
C'est pourquoi la même technique peut sembler inefficace dans un état de forte activation et très efficace dans un état calme ou de légère anxiété. Ce n'est pas que la technique est mauvaise — c'est qu'elle est utilisée trop tard.
La règle pratique : identifier les signaux précoces (légère tension musculaire, légère accélération cardiaque, pensée récurrente qui commence à tourner) et intervenir à ce stade, pas quand l'émotion est déjà à son maximum.
Quelles sont les 8 techniques de régulation émotionnelle validées par la science ?
1. Prise de perspective
La prise de perspective consiste à observer une situation depuis un point de vue différent du sien. C'est la technique la plus efficace selon Webb et al. — et l'une des moins intuitives.
Trois formes concrètes :
- Point de vue tiers : "Comment un observateur neutre verrait-il cette situation ?"
- Point de vue futur : "Est-ce que ça comptera dans dix ans ?"
- Distanciation légère : au lieu de "je suis humilié", dire "cette situation est inconfortable"
Ce déplacement de perspective réduit l'activation de l'amygdale sans demander un raisonnement complexe. On peut l'appliquer en quelques secondes, mentalement ou à voix basse, avant ou pendant une situation difficile.
2. Recadrage du stimulus
Le recadrage cognitif consiste à modifier la façon dont tu interprètes une situation, avant ou pendant la montée émotionnelle. Ce n'est pas de la pensée positive — c'est une modification de la structure narrative autour d'un événement.
La même situation peut générer des émotions très différentes selon le cadre d'interprétation. Une critique professionnelle peut être lue comme "je suis incompétent" (cadrage de menace, amygdale en alerte) ou comme "voilà quelque chose que je peux améliorer" (cadrage d'apprentissage, cortex préfrontal actif).
Ce recadrage ne ment pas sur la réalité — il cherche d'autres interprétations légitimes. La TCC (thérapie cognitive et comportementale) est entièrement fondée sur cet outil.
3. Déploiement attentionnel
Le déploiement attentionnel consiste à rediriger volontairement l'attention vers quelque chose de différent de la source émotionnelle. Contrairement à la suppression (qui tente de bloquer l'émotion), la distraction déplace simplement le focus. L'amygdale reçoit alors moins d'entrées concernant le stimulus, et son activation diminue naturellement.
Cette technique est particulièrement utile dans les états de haute activation, quand le recadrage cognitif n'est plus accessible. Elle sert de "premier palier" pour redescendre l'activation jusqu'au point où les techniques plus élaborées deviennent applicables.
Exemples pratiques : se concentrer sur les sensations des pieds ou des mains, décrire mentalement un objet dans son champ visuel, compter à rebours lentement depuis vingt.
4. Recadrage de la réponse émotionnelle
Cette technique diffère du recadrage du stimulus : au lieu de réinterpréter la situation qui déclenche l'émotion, on modifie l'interprétation de la réponse physiologique elle-même.
Exemple concret : "mon cœur bat vite parce que je suis nerveux" peut devenir "mon cœur bat vite parce que je suis prêt et mobilisé". La sensation physique est identique. L'interprétation change. Cette technique est documentée dans la recherche sur l'anxiété de performance : réinterpréter les symptômes physiologiques de l'anxiété comme des signes d'activation (plutôt que de peur) améliore significativement les performances dans des situations de stress évalué.
5. Affect labeling — nommer l'émotion
L'affect labeling est la technique la plus simple de toutes : nommer explicitement l'émotion ressentie, à voix haute ou par écrit.
"Je me sens anxieux en ce moment." "Je ressens de la colère." "Je suis triste."
Matthew Lieberman (University of California, Los Angeles, États-Unis) a montré en IRM fonctionnelle que cette simple verbalisation réduit l'activation de l'amygdale. Le mécanisme : nommer une émotion engage le cortex préfrontal (qui traite le langage) dans une interaction avec l'amygdale (qui traite les émotions brutes), activant automatiquement le circuit de freinage.
L'effet est comparable au recadrage cognitif complet, mais ne demande aucun raisonnement complexe. C'est la technique la plus accessible dans un état de forte activation. Elle est aussi utile dans les contextes de douleur sociale — nommer explicitement ce qu'on ressent lors d'un rejet social réduit l'intensité de la souffrance ressentie.
6. Pleine conscience — observation sans jugement
La pleine conscience (mindfulness) appliquée à la régulation émotionnelle consiste à observer une émotion sans la juger, sans chercher à la modifier, sans s'y identifier.
Au lieu de "je suis en colère" (identification totale), on passe à "il y a de la colère" (observation). Cette nuance — petite en surface, grande en effet — crée une distance entre toi et l'état émotionnel. C'est l'équivalent psychologique du circuit cortex préfrontal-amygdale.
Les programmes MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction), développés par Jon Kabat-Zinn à l'Université du Massachusetts (États-Unis), produisent après 8 semaines une augmentation mesurable de la matière grise dans le cortex préfrontal et une réduction du volume de l'amygdale. Ce ne sont pas des changements subjectifs — ce sont des modifications anatomiques objectivables en IRM.
7. Régulation physiologique
La régulation physiologique part dans l'autre direction : au lieu d'agir sur les pensées pour calmer le corps, elle agit sur le corps pour calmer les pensées.
La technique la mieux documentée est la cohérence cardiaque : inspirer lentement sur 5 secondes, expirer sur 5 secondes, pendant 5 minutes. Ce pattern respiratoire synchronise les oscillations de la fréquence cardiaque avec le système nerveux autonome, activant le nerf vague — un câble neurologique direct entre les organes et le cerveau — et réduisant l'activation de l'amygdale par voie ascendante.
C'est une stratégie antécédente physiologique : elle agit sur le substrat biologique de la réponse émotionnelle, pas sur son contenu cognitif. Particulièrement utile pour les personnes qui ont du mal à "penser" quand elles sont fortement activées émotionnellement.
8. Sélection de situation
La sélection de situation est la stratégie antécédente la plus précoce du modèle de Gross : choisir délibérément d'entrer dans certaines situations ou de les éviter, en fonction de leur impact émotionnel prévisible.
C'est la technique la moins reconnue comme telle, parce qu'elle ressemble à de l'organisation ordinaire. Ne pas répondre aux emails le soir quand on est épuisé, planifier les conversations difficiles à un moment de calme, décliner un événement socialement épuisant à une période difficile — ce sont des formes de sélection de situation.
Elle ne doit pas être confondue avec l'évitement émotionnel pathologique (fuir toutes les situations inconfortables). La sélection de situation est stratégique et temporaire. L'évitement pathologique est chronique et généralisé.
Comment les traitements psychologiques agissent-ils sur la dysrégulation émotionnelle ?
TCC, DBT et ACT comparées sur 11 652 patients
RCTs
Une méta-analyse portant sur 90 essais cliniques contrôlés (11 652 participants) montre que les traitements psychologiques réduisent de façon forte et robuste la dysrégulation émotionnelle, la dépression et l'anxiété — quel que soit le protocole utilisé (TCC, DBT ou ACT). Dans 95% des études, les stratégies de désengagement émotionnel (suppression, évitement) diminuent significativement.
Méta-analyse (N = 11 652, 90 RCTs), Psychological Medicine, sept. 2021 — DOI : 10.1017/S0033291721001938
Les trois grandes approches psychothérapeutiques qui intègrent la régulation émotionnelle comme composante centrale sont :
- TCC (Thérapie Cognitive et Comportementale) : mise sur le recadrage cognitif et la modification des schémas de pensée automatiques.
- DBT (Dialectical Behavior Therapy) : combine régulation émotionnelle et acceptation. Développée initialement par Marsha Linehan (University of Washington, États-Unis) pour les troubles de personnalité limite, elle est aujourd'hui utilisée dans un spectre plus large de difficultés émotionnelles.
- ACT (Acceptance and Commitment Therapy) : mise sur la diffusion cognitive (prendre de la distance par rapport aux pensées) et l'observation sans attachement.
Les trois approches produisent des réductions comparables de la dysrégulation émotionnelle. Aucune n'est universellement supérieure — le choix dépend du profil, du type de difficulté et du contexte clinique.
Un point important : ce ne sont pas seulement les pensées qui changent pendant la thérapie. Ce sont d'abord les stratégies de régulation. Les stratégies de désengagement (suppression, évitement) diminuent dans 95% des cas quand des stratégies plus efficaces les remplacent. Ce changement de stratégie précède souvent l'amélioration de l'humeur. La dysrégulation émotionnelle prolongée est d'ailleurs l'un des mécanismes qui entretient le stress chronique et la surproduction de cortisol.
TCC vs MBSR : lequel choisir selon son profil ?
En dehors du contexte clinique, la TCC (workbooks, protocoles en ligne) et le MBSR (programme de 8 semaines) sont les deux approches les plus accessibles pour améliorer la régulation émotionnelle sans suivi professionnel.
Les deux approches agissent sur la même cible (la régulation émotionnelle) mais par des mécanismes différents, ce qui les rend complémentaires plutôt que concurrentes.
La TCC travaille par restructuration cognitive : identifier les pensées automatiques, les questionner, les remplacer par des interprétations plus justes. L'effet est rapide et particulièrement utile pour mieux anticiper les situations stressantes récurrentes. Le MBSR travaille par observation non-jugeante : apprendre à laisser passer les émotions sans s'y accrocher. L'effet est plus graduel mais agit sur la récupération après l'exposition au stress. En pratique : la TCC est plus adaptée si l'objectif est d'anticiper. Le MBSR est plus adapté si l'objectif est de récupérer plus vite.
Régulation émotionnelle : par où commencer concrètement ?
Si tu veux commencer aujourd'hui, voici un protocole en trois niveaux basé sur la hiérarchie d'efficacité — du plus précoce au plus tardif dans le cycle émotionnel.
Niveau 1 — Avant la montée (stratégie antécédente)
Identifie une situation récurrente qui génère des émotions difficiles pour toi. Avant d'y entrer, écris en une seule phrase comment tu pourrais la voir différemment. Pas pour minimiser. Pour avoir un autre angle disponible.
Niveau 2 — Pendant la montée (affect labeling + régulation physiologique + distraction)
Dès que tu identifies les signaux précoces (légère tension, légère accélération, irritabilité naissante) :
- Nomme l'émotion mentalement : "il y a de l'anxiété"
- Trois respirations lentes (5 secondes dans, 5 secondes dehors)
- 20 secondes de focus sur quelque chose de neutre dans l'environnement
Ces trois étapes prennent moins d'une minute. Elles activent successivement l'affect labeling, la régulation physiologique et la distraction.
Niveau 3 — Après la situation (prise de perspective)
5 minutes de prise de perspective écrite : décris ce qui s'est passé du point de vue d'un observateur neutre. Sans jugement de toi-même. Juste une observation factuelle.
La régulation émotionnelle n'est pas un état qu'on atteint une fois pour toutes. C'est un circuit neurologique qui se renforce par la répétition. Chaque fois que tu appliques une de ces techniques, tu consolides un peu plus la connexion entre cortex préfrontal et amygdale.
À retenir
- ✅ Modèle de Gross : les stratégies antécédentes (agir avant la montée émotionnelle) sont biologiquement supérieures aux stratégies de réponse (agir quand l'émotion est déjà là).
- ✅ Circuit neurologique : toute régulation efficace active le cortex préfrontal ventrolatéral qui freine l'amygdale — un mécanisme mesurable en IRM fonctionnelle.
- ✅ Technique la plus efficace : prise de perspective, environ 11 fois plus efficace que la suppression selon 306 études (Webb et al., 2012).
- ✅ Affect labeling : nommer une émotion à voix haute réduit l'activité de l'amygdale autant que le recadrage cognitif complet, avec beaucoup moins d'effort.
- ⚠️ Paradoxe de la suppression : chercher à bloquer une émotion la maintient présente en mémoire de travail et augmente sa récurrence.
- 🔑 Timing : intervenir tôt dans le cycle émotionnel est beaucoup plus efficace qu'intervenir au pic. Identifier les signaux précoces est la compétence clé.
Questions fréquentes sur la régulation émotionnelle
Quelle est la différence entre régulation émotionnelle et suppression des émotions ?
La régulation émotionnelle consiste à moduler l'intensité, la durée ou le type d'une émotion en utilisant différentes stratégies. La suppression est une forme spécifique de régulation : elle cherche à inhiber l'expression d'une émotion déjà présente. C'est la stratégie la moins efficace selon la recherche : elle ne réduit pas l'état interne, seulement l'expression externe, tout en consommant des ressources cognitives.
Pourquoi la suppression émotionnelle est-elle contre-productive selon la science ?
Supprimer une émotion active un processus de surveillance qui maintient la pensée émotionnelle en mémoire de travail — c'est l'effet rebond documenté par Daniel Wegner (Harvard). De plus, les personnes qui suppriment chroniquement leurs émotions présentent une réactivité aux récompenses plus faible dans le temps, ce qui peut contribuer à des états dépressifs, selon Kelley et al. (Biological Psychology, 2019).
Quelle est la technique de régulation émotionnelle la plus efficace selon les méta-analyses ?
Selon la méta-analyse de Webb et al. (Université de Sheffield, Psychological Bulletin, 2012) sur 306 études expérimentales, la prise de perspective est la technique la plus efficace. Elle consiste à observer une situation depuis un point de vue tiers ou futur. Elle agit avant la montée émotionnelle, active le cortex préfrontal sans effort cognitif excessif et réduit l'activation de l'amygdale.
Comment fonctionne le circuit amygdale-cortex préfrontal dans la régulation émotionnelle ?
L'amygdale détecte les stimuli émotionnellement importants et déclenche une réponse rapide. Lors d'une régulation volontaire (recadrage, affect labeling), le cortex préfrontal ventrolatéral gauche s'active et envoie un signal de freinage à l'amygdale. Ce circuit est mesurable en IRM fonctionnelle. Berboth et Morawetz (Freie Universität Berlin, Neuropsychologia, 2021) l'ont documenté dans une méta-analyse de 15 études PPI.
Qu'est-ce que l'affect labeling et pourquoi est-ce si efficace pour calmer une émotion intense ?
L'affect labeling consiste à nommer explicitement l'émotion ressentie : « je me sens anxieux », « je ressens de la colère ». Matthew Lieberman (UCLA, Psychological Science, 2007) a montré que cette verbalisation réduit l'activation de l'amygdale en fMRI, avec un effet comparable au recadrage cognitif complet mais sans effort cognitif complexe. C'est la technique la plus accessible dans un état de forte activation.
La régulation émotionnelle s'apprend-elle ou est-ce une capacité innée ?
La régulation émotionnelle s'apprend. Les capacités innées (tempérament, sensibilité) varient d'une personne à l'autre, mais la neuroplasticité permet d'améliorer ces compétences à tout âge. Les thérapies cognitives (TCC, DBT, ACT) produisent des changements mesurables en 8 à 12 séances. La pleine conscience renforce structurellement le cortex préfrontal après 8 semaines de pratique régulière.
Combien de temps faut-il pour améliorer durablement sa régulation émotionnelle ?
Les effets des techniques de régulation sont mesurables dès les premières semaines. Une méta-analyse sur 90 essais cliniques (Psychological Medicine, 2021, n = 11 652) montre une réduction significative de la dysrégulation émotionnelle après traitement. La pleine conscience produit des modifications structurelles du cerveau après 8 semaines de pratique quotidienne de 20 à 45 minutes.
Quelle est la différence entre régulation émotionnelle et intelligence émotionnelle ?
L'intelligence émotionnelle désigne la capacité à percevoir, comprendre et gérer les émotions — chez soi et chez les autres. La régulation émotionnelle en est une composante spécifique : la capacité à moduler ses propres états internes. On peut avoir une bonne compréhension théorique des émotions tout en ayant des difficultés pratiques de régulation. Les deux compétences se développent indépendamment l'une de l'autre.
Ressource gratuite
Les 8 techniques : fiche de référence rapide
Une fiche condensée avec les 8 techniques, leur niveau d'efficacité, le bon moment pour les utiliser et une application pratique pour chacune. À garder sous la main.
Télécharger la fiche (PDF gratuit)Sources scientifiques
- [1] Webb T.L., Miles E., Sheeran P. — Dealing with feeling: A meta-analysis of the effectiveness of strategies derived from the process model of emotion regulation — University of Sheffield — Psychological Bulletin, 138(4), 2012 — DOI : 10.1037/a0027861
- [2] Berboth S., Morawetz C. — Amygdala-prefrontal connectivity during emotion regulation: a meta-analytic review of psychophysiological and neuroimaging studies — Freie Universität Berlin — Neuropsychologia, 2021 — DOI : 10.1016/j.neuropsychologia.2021.107767
- [3] Lieberman M.D. et al. — Putting feelings into words: affect labeling disrupts amygdala activity in response to affective stimuli — UCLA — Psychological Science, 18(5), 2007 — PMID : 17576282
- [4] Gross J.J. — The emerging field of emotion regulation: An integrative review — Stanford University — Review of General Psychology, 2(3), 1998 — DOI : 10.1037/1089-2680.2.3.271
- [5] Méta-analyse, 90 RCTs, N = 11 652 — The effects of psychological interventions on emotional dysregulation outcomes: A meta-analysis — Psychological Medicine, sept. 2021 — DOI : 10.1017/S0033291721001938
- [6] Kelley N.J., Glazer J.E., Pornpattananangkul N., Nusslock R. — Blunted reward sensitivity and trait disinhibition interact to predict substance use and emotional dysregulation — Biological Psychology, 2019 — DOI : 10.1016/j.biopsycho.2018.11.001
- [7] Wegner D.M., Schneider D.J., Carter S.R., White T.L. — Paradoxical effects of thought suppression — Harvard University — Journal of Personality and Social Psychology, 53(1), 1987 — DOI : 10.1037/0022-3514.53.1.5
- [8] Hölzel B.K. et al. — Mindfulness practice leads to increases in regional brain gray matter density — Massachusetts General Hospital / Harvard Medical School — Psychiatry Research: Neuroimaging, 191(1), janv. 2011 — DOI : 10.1016/j.pscychresns.2010.08.006